29 juillet 2009

SUR LA ROUTE 12


LA MÉCANIQUE MUSCULAIRE TE DÉPLACE PAS À PAS DANS LE PAYSAGE PRINTANIER / LE VENT D’OCÉAN CHASSE LE CIEL FRÔLE TES JOUES TES OREILLES / LE BRUIT CADENCÉ DE TES PIEDS COUVRE CELUI DES BOURGEONS QUI GROSSISSENT / LA ROUTE RÉSISTE ENTRE TA TÊTE PENCHÉE LOURDE DE FUGACES PENSÉES NOSTALGIQUES / ET TON SAC LE JOUG D’UNE VIE ENTIÈRE SUR TES ÉPAULES / Les galets boueux et les troncs d’arbres du Montana, les vapeurs démolis, les vestiges antiques ; les herbages et les filins le long du fleuve. Le poème incessant. De nuit, le Missouri, les champs du Kansas, les vaches nocturnes du Kansas dans de mystérieux espaces, des villes de boîtes de biscuits avec une mer au bout de chaque rue ; l’aube à Abilene. Les herbages du Kansas de l’Est cèdent la place aux prairies du Kansas de l’Ouest qui gravissent les pentes de la nuit occidentale. TU AVANCES BRAVEMENT DANS L’AIR FRAIS DANS L’ODEUR DES FERMES ET LES INVECTIVES LOINTAINES DES COQS ET DES CHIENS / TU REMONTES LE COURANT

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10 novembre 2008

NOVEMBRE

Les tombes (inédit, extrait)
(photo, Josiane Suel ; poème, Lucien Suel)

++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++
+ La mort frappe parfois les morts sur +
+ leurs lieux de repos Un éclat d’obus +
+ qui cisaille le bras du crucifix Une +
+ bombe qui exhume des cercueils brise +
+ les marbres Là sur la table cimentée +
+ une fausse infusion de chrysanthèmes +
+ en plastique refroidit sous la pluie +
+ La terre avale le sang des hommes et +
+ l’eau du ciel Le béton se fractionne +
+ redevient sable + gravier + ciment + +
+ eau Les morts veulent sortir s’aérer +
+ Ils croient que c’est l’aurore de la +
+ résurrection comme les escargots qui +
+ sortent la tête de la coquille si on +
+ les mouille La déception est cruelle +
+ La plupart des morts ont été oubliés +
+ définitivement oubliés car les temps +
+ anciens n’ont conservé que les morts +
+ célèbres + Les regrets sont éternels +
+ comme la croissance est illimitée le +
+ progrès infini avec un développement +
+ durable La déréliction est naturelle +
+ Les profanateurs complotent dans les +
+ cimetières Ici les vandales agissent +
+ Les inscriptions s’effacent Les noms +
+ pâlissent et les lignées s’éteignent +
+ Les lettres se détachent tombent une +
+ à une comme feuilles mortes ou comme +
+ squames ou pelage Les noms des morts +
+ s’effacent sous la gomme de la pluie +
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22 août 2008

SUR LA ROUTE 11


LA BUÉE TRANSPARENTE RECOUVRE LES VERRES / LES CHAPELETS DE BULLES REMONTENT VERS LA CRÈME MOUSSEUSE / LES JAMBES SE DÉTENDENT S'ALLONGENT SOUS LA TABLE DE MÉTAL JAUNE / LE TICKET DE CAISSE FRISSONNE COINCÉ DANS LA SOUCOUPE EN PLASTIQUE / LE REGARD S'ATTARDE SUR LES PAVÉS DE LA GRAND-PLACE LA DENTELLE DE PIERRE QUI MONTE VERS LE CIEL TANDIS QUE LE CRÉPUSCULE DESCEND SUR LES AILES D'UNE CHAUVE-SOURIS / - Ajoutez le brouillard, le brouillard âpre qui affame, et les pulsations du néon dans la nuit douce, les talons hauts des femmes sur le trottoir, les colombes blanches dans la vitrine d'une épicerie chinoise...

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17 juillet 2008

SUR LA ROUTE 10


LONGUE MARCHE SOUS L'ORAGE SAUVAGE / LE FOUET DE LA PLUIE / TÊTE COURBÉE MEMBRES LOURDS COEUR COGNANT / UN PEU PLUS TARD UN PEU PLUS LOIN AU DÉTOUR DU CHEMIN LE PANNEAU ANNONCIATEUR DU CARREFOUR SE DRESSAIT TAILLÉ DANS LA PIERRE / IL FALLAIT CHOISIR ENTRE LA LIGNE D'HORIZON ET L'ÉCHAPPÉE VERTICALE ENTRE TERRE ET CIEL ENTRE MATIÈRE ET IDÉE / LE SOLEIL ET LE VENT ALLAIENT GOMMER LES FLAQUES GOMMER LES REFLETS / - Je m'allongeai de nouveau sur mon lit d'acier et étendis mes bras en croix. Je ne savais même pas s'il y avait des branches ou le ciel ouvert au-dessus de ma tête et ça ne me faisait ni chaud ni froid. J'ouvris la bouche et respirai profondément l'atmosphère de la jungle. Ce n'était pas de l'air, en aucun cas de l 'air, mais la vivante et palpable émanation des arbres et des marais. Je restai éveillé. Des coqs commencèrent à chanter l'aube quelque part dans les broussailles. Pas davantage d'air, ni de brise, ni de rosée, mais la même pesanteur du Tropique du Cancer qui nous clouait tous à terre, notre mère et notre démangeaison. - / ENTRE MIDI ET MINUIT ENTRE LA BOUE ET LES ÉTOILES ENTRE ORIENT ET OCCIDENT AU MILIEU DU COSMOS

01 juillet 2008

SUR LA ROUTE 9


LES YEUX BOUILLONS D'ÉCUME À LA CRÊTE DES VAGUES / LES YEUX ÉPIS DES GRAMINÉES SECOUÉS PAR LES VENTS / LES YEUX RAYONS JETÉS PAR LE SOLEIL À TRAVERS LES TROUPEAUX DE NUAGES / LES YEUX PAR MILLIERS LES YEUX AVEUGLES TOURNÉS VERS UN SIMPLE BANC DE BOIS ABANDONNÉ DÉSERTÉ PAR LES VOYAGEURS / SOUDÉ AU GRANIT / CLOUÉ AU BORD DE L'HORIZON DANS LA SALLE D'ATTENTE DU MONDE / Il souleva la tête du siège, embrassa tout ça d'un regard dans le rougeoiement du soleil couchant et retomba endormi. Quand il s'éveilla, il me décrivit le spectacle en détail et dit : «-Oui, mon pote, je suis heureux que tu m'aies dit de regarder. Oh, Seigneur, que vais-je faire ? Où vais-je aller maintenant ? » Il frotta son ventre, il regarda le ciel avec des yeux rouges, il pleurait presque.

13 mai 2008

SUR LA ROUTE 8

RATS ET CHOUCAS / OBUS & CULASSES DIGÉRÉS PAR LA TERRE / LIEU DU CRÂNE / SIFFLET DU VENT A TRAVERS LES ORBITES BEANTES / CHEVAUX CABRÉS UNE DERNIÈRE FOIS AVANT PÉTRIFICATION FINALE Je dis à Dean que lorsque j’étais un gosse et que je roulais en auto, j’avais l’habitude d’imaginer que j’avais une grande faux à la main et que je coupais tous les arbres et tous les poteaux et même que je tranchais les collines qui volaient derrière la vitre. PROMESSES DE PROMÉTHÉE ET DÉVELOPPEMENT DURABLE SONT LES DEUX FACES DE LA MÊME FAUSSE MONNAIE / LA RUPTURE DE L’APPROVISIONNEMENT EN PÉTROLE PLACE SUR LE MÊME PLAN LES RUINES AUTOMOBILES ET LA CARCASSE DU MONASTÈRE

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24 mars 2008

SUR LA ROUTE 7

Je marchai pendant cinq miles pour sortir de Pittsburgh, puis un camion de pommes d’abord, un gros tracteur à remorque ensuite, m’emmenèrent à Harrisburgh dans la tiède nuit pluvieuse d’un été de la Saint-Martin. LE BLÉ LES BETTERAVES LES POMMES DE TERRE LA NOURRITURE VOYAGE / LE BLÉ LES BETTERAVES LES POMMES DE TERRE LES MATIÈRES PREMIÈRES VOYAGENT / LE BLÉ LES BETTERAVES LES POMMES DE TERRE LES SOURCES D’ÉNERGIE VOYAGENT / L’HOMME SAIT TRANSFORMER LE BLÉ LES BETTERAVES LES POMMES DE TERRE EN NOURRITURE FARINE BLANCHE PAIN DORÉ CASSONADE FRITES CROUSTILLANTES / L’HOMME SAIT TRANSFORMER LE BLÉ LES BETTERAVES LES POMMES DE TERRE EN PRODUITS PETITS BEURRES SUCRE FIN CHIPS CHEWING-GUM POTEAUX EN PLASTIQUE / L’HOMME SAIT TRANSFORMER LE BLÉ LES BETTERAVES LES POMMES DE TERRE EN SOURCES D’ÉNERGIE ALCOOL ÉTHANOL ESSENCE VERTE POUR FAIRE ROULER LES AUTOMOBILES ET LES TRACTEURS VERS LES USINES / L’HOMME EST UN MAGICIEN

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03 mars 2008

SUR LA ROUTE 6

Quelque part derrière nous ou devant nous dans la nuit immense, son père était couché avec sa cuite dans un taillis, cela du moins était certain — avec de la bave au menton, de l’urine sur son froc, de la mélasse aux oreilles, des croûtes dans le nez, peut-être du sang dans les cheveux, et la lune qui l’illuminait. L’ANCIENNE ROUTE S’ARRÊTE AU BORD DU CANAL / ON PEUT ATTENDRE LONGTEMPS / ON PEUT ATTENDRE JUSQU'À L’AUBE EN COMPAGNIE DES FANTÔMES / GAMINS EN BLOUSE GRISE DE L’APRÈS-GUERRE ILS SERONT EN RETARD À L’ÉCOLE OU AU CATÉCHISME / MENAGÈRES EN ROUTE VERS LE MARCHÉ PIED À TERRE APPUYÉES CONTRE LEURS LOURDS VÉLOS AUX SACOCHES DE CUIR GARNIES DE BOUTEILLES VIDES / OUVRIERS EN VESTES DE TOILE BLEUE MÉGOT ROUGEOYANT PENDANT AU COIN DES LÈVRES / ON PEUT ATTENDRE LONGTEMPS LE PONT-LEVIS DEMANTELÉ NE DESCENDRA PLUS / SUR L’AUTRE RIVE D’AUTRES FANTÔMES FRISSONNENT DEVANT LE TROU D’EAU NOIRE / VERS LA GAUCHE ON ENTEND LE FRACAS DES CAMIONS QUI PASSENT EN HAUTEUR SUR LE PONT DE BÉTON / LEURS PHARES ÉCLAIRENT LE CIEL UN BREF INSTANT / DANS LES ROSEAUX DE LA RIVE LES CORMORANS DORMENT D’UN SOMMEIL SANS RÊVES

18 février 2008

SUR LA ROUTE 5

À Old Apelousas, je descendis dans une épicerie pour acheter du pain et du fromage pendant que Dean s’occupait de l’essence et de l’huile. GRAMINÉES DU GOLFE & CHAMPS DE SABLE DE PICARDIE / LABOURS DANS L’OR NOIR / DANS L’ORNIÈRE EAU STAGNANTE / CUVES D’ORGE MALT BIÈRE SILOS DE PÉTROLE / MOISSONNEUSES BATTEUSES CONVOIS EXCEPTIONNELS / LARGE VEHICLE / MUFFINS EMBALLÉS SOUS PLASTIQUE / DERRICKS DE PURIN / PISS FACTORY / TOTAL TAPIS VERT / BOURSE FLOTTANTE / TARTINES / ARBRES À CAME / SUPERMARCHÉS DE LA VRAIE VIE / CIVILISATION BIDON & COCKTAIL / LA GUERRE EST PACIFIQUE COMME LE DÉVELOPPEMENT EST DURABLE

30 janvier 2008

SUR LA ROUTE 4



TU PASSES DE L’AUTRE CÔTÉ. BABY YOU CAN DRIVE MY CAR. LA FAUCHEUSE EST DANS LE COUP SUR LE COUP SOUFFLE DANS TON COU C’EST L’ANKOU. Tout seul dans la nuit, je m’abandonnais à mes pensées et maintenais l’auto le long de la ligne blanche de la route sacrée. Qu’est-ce que je faisais ? Où j’allais ? Je le découvrirais bientôt. EX VOTO EX AUTO ART FUNÉRAIRE POPULAIRE. LA FORCE DE FRAPPE EST PROPORTIONNELLE À LA MASSE. LA FORCE DE FRAPPE EST SURTOUT PROPORTIONNELLE AU CARRÉ DE LA VITESSE. FEUX DE DÉTRESSE CLIGNOTEMENTS BLEUS ET ROUGES REFLÉTÉS DANS LES FLAQUES D’EAU DE PLUIE D’EAU DE SANG. TU NOUES TES LACETS LE MATIN ET C’EST L’EMPLOYÉ DES POMPES FUNÈBRES QUI LES DÉNOUE LE SOIR.

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16 janvier 2008

SUR LA ROUTE 3


« Maintenant on doit tous sortir et savourer le fleuve et les gens et le monde », dit Dean, s’affairant pour trouver ses lunettes de soleil et les cigarettes, puis jaillissant hors de l’auto comme un diable hors de sa boîte. – LE MONDE SE DÉPLACE PLUS VITE QUE LES AUTOMOBILES TRAINS CAMIONS AÉROPLANES / 30 KILOMÈTRES PAR SECONDE AUTOUR DE LA GROSSE ÉTOILE CENTRALE / LE VENT DE LA COURSE FREINE LES DÉPLACEMENTS DES INSECTES / ON ESSAIE DE REMONTER LE COURANT MAIS LE SENS DE L’HISTOIRE EST LE MÊME POUR TOUS / ON PEUT NÉANMOINS PASSER BEAUCOUP DE TEMPS À OBSERVER LA SOUPE PRIMORDIALE / ON PEUT MÊME CRACHER DEDANS ET IL N’EST PAS DIT QUE LA DILUTION DE LA SALIVE DANS L’OCÉAN N’AIT PAS UN JOUR LOINTAIN DES RÉPERCUSSIONS DANS L’ÉCOSPHÈRE

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10 janvier 2008

SUR LA ROUTE 2


LE VENT PRODUIT DES ÉOLIENNES QUI FONT TOURNER L’ÉLECTRICITÉ DANS L’ATMOSPHÈRE / LES VACHES PRODUISENT DU VENT DE MÉTHANE QUI RAFRAÎCHIT LES ÉOLIENNES PENDANT L’ÉTÉ / LES ÉOLIENNES FONT TOURNER LES TÊTES DES CONDUCTEURS DE VOITURES / LES VACHES DONNENT DU LAIT DONT LES GOUTTES PERDUES NOURRISSENT LES MOUCHES / LES NUAGES SE DÉCHIRENT EN PASSANT AU-DESSUS DES BARBELÉS À TRAVERS LES PALES DES ÉOLIENNES - "Oui, bien sûr, je sais exactement ce que tu veux dire et, de fait, tous ces problèmes se sont présentés à mon esprit mais ce que je brigue c'est la concrétisation de ces facteurs qui dépendraient au premier chef de la dichotomie de Schopenhauer pour une part intimement accomplis..." Et cela continuait sur ce ton, des discours auxquels je ne comprenais rien et lui-même pas davantage. - LES MOUCHES FORMENT DES NUAGES AUTOUR DE LA BOUCHE DES ENFANTS ET DES VACHES /LES AILES DES MOUCHES NE PRODUISENT PAS ASSEZ D’ÉLECTRICITÉ POUR FAIRE FONCTIONNER UN MICROPROCESSEUR PENDANT PLUSIEURS NANOSECONDES MAIS QUAND TOUTES LES EOLIENNES TOURNERONT EN MÊME TEMPS LA TERRE S’ENVOLERA DANS LES NUAGES AVEC LES VACHES LES CONDUCTEURS ET LES ENFANTS

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08 janvier 2008

SUR LA ROUTE 1


CORPS VIDÉ / BOUC ÉMISSAIRE / CORBOUC / PIES CORBEAUX NOUS ONT LES YEUX CAVÉS / CHASSEURS FERMIERS NOUS ONT PENDUS AU GIBET / GIBIER / CETTE MERCEDES A ROULÉ PLUSIEURS FOIS ENTRE LILLE ET MARRAKECH / SORCIERS ET MÉCANICIENS COMME CELUI QUI RÉPARAIT LES VOITURES PAR IMPOSITION DES MAINS SUR LE CAPOT - Il s'était assagi depuis l'époque des Idées Noires de Denver ; ceci à cause des Idées Noires de Dakar. A Dakar, la barbe au menton, il avait traîné dans les ruelles avec des gamins qui l'avaient conduit auprès d'un sorcier lequel lui dit la bonne aventure. - TECHNOLOGIE ET BARBARIE / CORBEAU DRAPEAU NOIR / LA VISION D’UN TAS DE VOITURES ACCIDENTÉES N’EMPÊCHE PAS LES CRÉTINS DE ROULER À TOMBEAU OUVERT / FUNESTE CORPS BEAU / LA SUPERSTITION EST LA BÉNÉDICTION DES VOITURES / MAUVAIS SORT / PENSER AU SANG QUI SE REFROIDIT SE COAGULE PENDANT QUE LE SACRIFICATEUR PASSE UN NŒUD COULANT AUTOUR DU COU DU CADAVRE / SIX FEET ABOVE

POST SCRIPTUM
Sam Shepard, Motel Chronicles, Christian Bourgois, 1985, p 51
Je prends un Greyhound jusqu'à Chicago puis fais du stop pour sortir de la ville. La ferme semble abandon­née. Quelques rangées de tiges de maïs desséché s'ados­sent à la maison, parsemées de corneilles mortes que mon Grand-père a tuées et suspendues par le cou à l'aide d'élastiques rouges qui les font sautiller légèrement quand le vent les touche. La théorie de mon Grand-père c'est qu'elles agissent comme épouvantails sur les corneil­les vivantes.

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05 janvier 2008

POUSSIERE

Depuis quelques jours, les 80 premiers articles de ce blog (images et poèmes) sont rassemblés en un ouvrage intitulé "Poussière". Ce livre composé sur internet est édité sur internet, par Le texte numérique contemporain. On peut s'en procurer un exemplaire ICI.
Par ailleurs, Josiane et moi, allons reprendre ici notre travail avec une nouvelle série de photos et de textes sous le titre générique "Sur la route".

21 mai 2007

PAUSE

Aux fidèles d'"A noir E blanc".
Après une première série inaugurale et concaténatoire de 80 photos et poèmes (voir les archives du blog), nous venons de publier une seconde série consacrée à des objets (20).
Une troisième série sera mise en ligne... Quand ? Impossible de le dire pour l'instant. Aussi ce blog est momentanément en pause.
Si vous n'êtes pas abonné au fil XML, vous avez la possibilité de nous adresser un simple message (cliquer sur Contact dans la colonne de droite) et nous vous avertirons personnellement dès la reprise de la publication.
En attendant, les 100 photos et poèmes restent disponibles et nous vous invitons à explorer les sites et blogs reliés à "A noir E blanc".
L. & J. Suel

04 mai 2007

TOMBES

Les petits soldats bien rangés mangent la terre en tête à tête.
Les corvidés tombent du ciel sur le champ de l’ancienne bataille ;
des milliers d’oiseaux perchés silencieusement sur les stèles de ciment blanc.
La nuit, parfois, des crétins au front bas, intoxiqués par la haine,
viennent étaler leurs déjections de peinture noire et rouge sur les tombes.

16 avril 2007

TUYAU

dédié à Didier Moulinier
Le boa synthétique passe l’hiver ventre vide à broyer du noir,
enroulé au milieu du bric à brac dans la cabane du jardinier.
Le premier soleil réchauffe le sol du jardin ; fin de l’hibernation.
Étendu de tout son long, le serpent boit le fluide sous pression
qui lui raidit le corps avant de jaillir sur la terre avide.

07 avril 2007

HAMAC

Le soir descend ; des papillons de grande envergure passent sous les frondaisons ;
leurs ailes silencieuses font frémir l’herbe et les feuilles des arbres.
La chaleur de la journée a dilaté les craquelures de la chrysalide.
La nuit venue, dans la blanche lueur de la lune, la créature
finira de s’extirper de son cocon suspendu et prendra son envol.

27 mars 2007

STATUE

Le jeune acrobate est certainement handicapé par la longueur de son vêtement.
Pourtant, même s’il trébuche soudainement, le public ne s’esclaffera pas.
Dans leurs baignoires individuelles, les spectateurs en os sans chair attendent patiemment.
Ils ne savent pas que la robe est cousue de marbre blanc.
Ils n’entendent même pas le chant des merles noirs du cimetière.

22 mars 2007

TAS

Une rafale plus violente que les autres a fait basculer le peuplier.
La tronçonneuse a rompu le calme qui normalement prévaut après la tempête.
Déraciné, amené à l’horizontale, ébranché, débité en rondins, le peuplier blanc,
devenu son propre tumulus, sèche avant sa future incinération dans la cheminée.
Autour de lui, dans quelques semaines, ses frères bourgeonneront vers le ciel.

16 mars 2007

CABANE

Une image du monde extérieur apparaît à la croisée des vitres noires.
La cabane au fond du jardin est assurément la demeure du jardinier,
avec les registres où sont scrupuleusement notés nature et date des semis,
avec l’étagère pour les bottines boueuses et les sabots en caoutchouc,
avec un accès souterrain vers le palais des taupes et des lombrics.

12 mars 2007

DECOR

La paix est une parure de papier blanc et fil de fer,
en attente, ligotée, suspendue, peinture blanche maquillage-camouflage dans un arbre mort.
Une planète de plastique argenté complète la triple illusion de la présence.
Curieusement l’énigmatique reflet du monde dans un miroir circulaire semble réel.
L’univers de référence est devenu un ensemble hétéroclite de simulacres synthétiques.

04 mars 2007

BALAIS

A l’aube dans la salle de bal, la boule à facettes
Eclaire le duo de balais au repos, couple enlacé dans le noir,
Les yeux tournés vers la piste où les feuilles mortes twistent frénétiquement.
La rosée de la nuit s’évapore sur le banc de bois
Qui tend les bras aux danseurs. Mais personne ne veut s’asseoir.