27 mars 2007

STATUE

Le jeune acrobate est certainement handicapé par la longueur de son vêtement.
Pourtant, même s’il trébuche soudainement, le public ne s’esclaffera pas.
Dans leurs baignoires individuelles, les spectateurs en os sans chair attendent patiemment.
Ils ne savent pas que la robe est cousue de marbre blanc.
Ils n’entendent même pas le chant des merles noirs du cimetière.

22 mars 2007

TAS

Une rafale plus violente que les autres a fait basculer le peuplier.
La tronçonneuse a rompu le calme qui normalement prévaut après la tempête.
Déraciné, amené à l’horizontale, ébranché, débité en rondins, le peuplier blanc,
devenu son propre tumulus, sèche avant sa future incinération dans la cheminée.
Autour de lui, dans quelques semaines, ses frères bourgeonneront vers le ciel.

16 mars 2007

CABANE

Une image du monde extérieur apparaît à la croisée des vitres noires.
La cabane au fond du jardin est assurément la demeure du jardinier,
avec les registres où sont scrupuleusement notés nature et date des semis,
avec l’étagère pour les bottines boueuses et les sabots en caoutchouc,
avec un accès souterrain vers le palais des taupes et des lombrics.

12 mars 2007

DECOR

La paix est une parure de papier blanc et fil de fer,
en attente, ligotée, suspendue, peinture blanche maquillage-camouflage dans un arbre mort.
Une planète de plastique argenté complète la triple illusion de la présence.
Curieusement l’énigmatique reflet du monde dans un miroir circulaire semble réel.
L’univers de référence est devenu un ensemble hétéroclite de simulacres synthétiques.

04 mars 2007

BALAIS

A l’aube dans la salle de bal, la boule à facettes
Eclaire le duo de balais au repos, couple enlacé dans le noir,
Les yeux tournés vers la piste où les feuilles mortes twistent frénétiquement.
La rosée de la nuit s’évapore sur le banc de bois
Qui tend les bras aux danseurs. Mais personne ne veut s’asseoir.